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MaskOff avec Angélique Inoubli x Oui le poker peut-être considéré comme un sport X


Le débat est ouvert, le poker peut-il être considéré comme un sport? En prenant la définition du mot "sport", nous serions tenté de vous dire oui, de plus les échecs sont considérés depuis 1999 comme étant un sport… Alors pourquoi le poker ne se serait-il pas en droit de revendiquer son statut de sport à part entière. En tout cas cela ne fait aucun doute pour Angélique Inoubli.


Angélique Inoubli victorieuse à Marrakech

A.S : "Angel peux-tu te présenter et nous parler de ta discipline? "


A.I : "Je m'appelle Angélique Inoubli, j'ai 35 ans, je suis une ancienne basketteuse avec une carrière qui s'est interrompue brutalement suite à un accident de la route alors que je venais de signer un contrat professionnel avec l'équipe de Rennes. Je me suis reconvertie dans le poker par hasard, grâce à des amis en 2009. Une partie entre amis qui à été plus que révélatrice car je ne connaissais pas du tout le poker et j'ai de suite adhéré aux règles et aux sensations que ce jeu peut procurer et cela est devenue ma grande passion. Je jouais régulièrement surtout online à mes débuts (l'époque Fulltilt ) et de temps en temps, je faisais des parties privées entre amis. Je suis passée au vrai live que depuis peu à jouer en casino et championnat ( 2016). J'ai eu la chance de gagner un tournoi online sur Pokerstars et le gain était de pouvoir participer à une émission de poker télévisuelle sur NRJ12 : « KO POKERSHOW » en 2016, qui était présenté par Alexis Laipkser (animateur de l'émission « la Maison du Bluff ») ainsi que Benny &Yu. J'ai pu rencontrer l'incroyable et le merveilleux joueur Elky (Bertrand Grospellier), un des meilleurs joueurs de poker du monde. Ce jour fût comme un rêve pour moi, j'étais dans mon élément. A mon actif, je n'ai joué qu'un championnat qui est celui de Septembre dernier à Marrakech au Casino La Mamounia, invitée à être sponsorisée par un grand joueur et unique détenteur de deux bracelets WSOP. J'ai accepté cette belle proposition où j'ai vécu une belle expérience avec des joueurs passionnés et des joueurs professionnels qui ont déjà plusieurs millions d'euros de gains à leur actifs. J'ai réussi à tenir les trois jours et à me retrouver en TF (Table finale). Ce tournoi m'a procuré des sensations incroyables car j'étais shortstack (petite pile de jetons, je ne possédais que très peu de jetons par rapport aux autres joueurs) et j'ai pu faire une remontada de folie grâce à ma détermination, la patience que nécessite ce jeu, mon instinct et sans doute un peu de chance (sourire). Je suis donc passée chipleader (joueur ayant le plus gros tapis dans un tournoi), j'ai pu éliminer de la table quelques joueurs et nous étions plus que 5 restants/10 et nous avons décider de la jouer fair-play, nous avons deal (arrangement entre plusieurs joueurs en table finale qui consiste à répartir l'argent total restant à gagner). Je suis aussi agent immobilier de métier et il est difficile de jongler et trouver le temps afin de pouvoir participer à des tournois et j'aimerais devenir professionnelle à plein temps pour me consacrer qu' à ma passion. Je joue aussi actuellement en club online : « Pokersport » tous les jeudis soirs."



A.S : "Peux-tu nous expliquer la différence entre un pro et un semi-pro au poker? "


A.I : "Comme dans tous les sports, il y a beaucoup de différences entre les pros et les autres. Beaucoup de candidats et très peu d'élus. La différence se fait avec le niveau de compréhension du poker (IQ poker = Quotient Intellectuel poker), la capacité d'analyse statistique, l'analyse comportementale, l'anticipation des probabilités à venir, la gestion du stress, la capacité de concentration ainsi que la patience. Il faut être capable de développer tous ces paramètres à très haut niveau et à fortes intensités pour espérer devenir pro. La différence est la rigueur de l'entraînement exigé afin d'atteindre ce niveau. Pour finir, un joueur est nommé professionnel lorsqu'il est sponsorisé ou lorsqu'il peut vivre de ces gains au poker."


A.S : "Selon toi le poker peut-il être considéré comme un sport? "


A.I : "Le poker est un sport et comme dans toutes disciplines, le poker peut- être un loisir ou un sport de compétition. Cela dépend des ambitions du joueur. Au niveau sportif, cela exige un entraînement quotidien, énormément de sacrifices, beaucoup d'investissement personnel afin de progresser et atteindre le niveau souhaité, donc oui le poker est un sport. Si l'on retire l'aspect financier du poker, les ressources mentales et psychologiques qu'il requiert le rapproche indéniablement du sport. A partir du moment où on travaille sur l'efficacité d'une action, la motivation, la concentration, l'analyse de soi et de l'adversaire, on peut légitimement dire que le poker est un sport à part entière. Tous ces critères sont d'ailleurs privilégiés dans le sport de haut niveau. L'esprit de compétition est également très important et déterminant. Comme dans les autres sports, au poker, il est essentiel de dominer ses adversaires mentalement et psychologiquement pour triompher. Après un mauvais coup, il faut aussi pouvoir se remettre rapidement les idées en place, oublier et chasser le doute pour pouvoir prendre de bonnes décisions pour la suite de la partie. Là encore, on se rapproche de l'état d'esprit d'un sportif qui subit des échecs durant un match ou une saison et qui a besoin de se remettre vite en confiance pour jouer à son meilleur niveau et ne pas flancher. Ce n'est donc pas un hasard si de nombreux sportifs se retrouvent lors des grands tournois de poker ou s'improvisent des parties en marge d'une grande compétition. Ce qui sensibilise les sportifs de haut niveau, c'est l'adrénaline et la compétition, non pas physique mais mentale, qu'ils peuvent retrouver au poker."

A.S : "Quelles sont les plus grandes qualités chez un joueur de poker? "


A.I : "L'expérience, la maîtrise de ses émotions, la rigueur, la résistance à l'échec, par exemple après un bad beat (mauvais coup) on pourrait nous faire partir en « tilt » (décrit un état dans lequel se trouve le joueur quand il n'est plus en mesure de contrôler son jeu à l'aide de décisions rationnelles car il est submergé par des émotions trop fortes). Imaginons qu'un joueur a subi de trop grosses pertes, il peut arriver qu'il tente de rattraper ses pertes au plus vite, en jouant beaucoup de mains et celles-ci très agressivement avec des mains relativement faibles pour de bien trop gros pots. On dit alors qu'il est en « tilt ». On en revient donc à la gestion du stress au poker qui est très importante, il faut adopter plutôt une « Pokerface » en toute circonstance (visage impassible, être maître de son comportement pour ne pas donner d'informations sur son jeu). Il faut aussi avoir un mental d'acier, avoir des capacités d'analyses mathémathiques, des compétences psychologiques, être stratégique, être patient, être un gagnant, être persuasif, concentré et utiliser son IP (intelligence prédictive) ou IE (intelligence émotionnelle) qui se définit comme la capacité de prédire et d’anticiper certains évènements futurs et ainsi optimiser les actions et les décisions à prendre en fonction de chaque situation.

L’analyse prédictive est très utile lorsqu’il s’agit surtout d’évaluer les risques. Il faut être attentif au moindre détail que l'on peut trouver sur ses adversaires. Si un joueur amateur ne pense qu’à lui-même, à son jeu, à sa façon de jouer, un joueur pro le remarquera. Le but est d’acquérir un maximum d’informations pour obtenir un avantage sur les autres joueurs à la table. Enfin, je dirais qu'il faut être imprévisible. Si un joueur joue toujours de la même façon, chaque fois qu'il a une paire de dames ou de rois dans les mains, ce joueur ferait partie de la catégorie des amateurs. Un joueur professionnel change sa façon de jouer selon ses cartes, sa position à la table, ses adversaires, le montant des blindes, sa position dans le tournoi ou encore selon le tapis moyen des joueurs présents à la table…."


A.S : "Le mental prend une grande place dans le poker peux-tu nous l'expliquer? "


A.I : "Oui, le mental prend une place indéniable dans le poker et je pense que pour être performant au poker, le mental doit se diviser en trois catégories :

Comportement: la résistance à l'échec, savoir gérer le stress et ses émotions

Intelligence : maîtrise des mathématiques statistiques, maîtrise des stratégies IQ poker ( IQ poker = Quotient Intellectuel poker = calcul d'une côte: probabilité), capacité d'analyse rapide en temps réel et prise de décision (EV+ = Expected value = espérance mathématiques). C'est ce que vous rapportera ou vous coûtera votre action (mise, relance ou fold) sur le long terme.

EV= [probabilité de gagner]x[gains]-[probabilité de perdre]x[pertes].

L'instinct : les statistiques sont un guide mais l'instinct permet de sentir les faiblesses de l'adversaire (lecture de l'adversaire) et exploiter le momentum = savoir saisir les bons moments afin d'influencer les décisions des adversaires. (Rush = Période jamais assez longue où tout réussit à un joueur, et pendant laquelle il accumule donc les gains).

Ce sont ces trois ensembles combinés qui feront d'un joueur de poker qu'il soit complet et redoutable."


A.S : "Peux-tu réaliser une comparaison entre un sport et le poker? "


A.I : "Je dirais le golf et les arts martiaux. On pourrait comparer le poker au sport du golf car au poker comme au golf, nous sommes seuls face à plusieurs adversaires sur le même parcours et c'est celui qui commettra le moins de fautes qui gagnera la partie. La comparaison de la gestion du stress et l'exécution du geste précis sous pression ressemblent, je pense le plus à ce qu'on peut vivre au poker. Les arts martiaux : comme au poker, il faut connaître ses forces et ses faiblesses, on revient sur la notion de maîtrise de soi et être capable sur l'instant présent de trouver la faille de l'adversaire afin de porter le coup gagnant. Comme au poker, l'art martial, mêmes les plus faibles avec un jeu moins bon que l'adversaire peut quand même gagner le combat."


A.S : "Est-ce que la chance prend une place importante dans la réussite d'un player? "


A.I : "Oui, tous les joueurs de poker reconnaissent que le facteur chance tient sa place dans le jeu, mais chaque joueur à sa façon d’interpréter la chance. Contrairement aux joueurs de poker débutants et aux nombreux joueurs amateurs qui privilégient assez souvent la chance dans leur jeu, les joueurs les plus avertis et surtout les joueurs experts se fient surtout à leur QI (Quotient Intellectuel) pour modérer leur jeu.

Pour les joueurs experts, la chance (bonne ou mauvaise) fait partie des évènements dont les probabilités qu’ils se produisent sont très faibles. Dans une seule partie de poker, même un joueur expert peut se dire que la chance a été de son côté à 80% ou plus. Par contre, dans un tournoi ou dans un jeu à plusieurs parties, la chance faiblie pour chaque joueur et les mathématiques prennent le dessus. Calcul mental, calcule de probabilité, calcule de l’espérance de gain ou « Expected Value » (EV), tout cela doit faire appel à un QI plus ou moins élevé.

En fait, le poker est un jeu à information incomplète... dans lequel la chance joue un rôle important.

Le hasard génère donc des séries de résultats. Ces séries sont chanceuses quand elles vous sont favorables (Goodbeat) et malchanceuses quand elles sont défavorables (Badbeat). Le hasard favorable grâce à l'opération du Saint-Esprit ou d'une veine surnaturelle n'existe pas. Dans ce sens, les cycles de chance n'existent pas. Ce qui existe ce sont les séries de résultats, tout à fait compatibles avec l'expression mathématique du hasard.

Donc oui la chance joue un rôle dans le poker."


A.S : "Que penses-tu de la féminisation dans le poker?"


A.I : "J'en pense que c'est bien et je suis toujours fière quand une joueuse performe même si les mentalités changent de plus en plus dans le monde du poker, on imagine encore ce milieu rempli d'hommes velus, montres en or et cigare aux lèvres, entourés de charmantes jeunes femmes vénales et faciles ne pipant rien au jeu. Ce n'est bien entendu plus le cas depuis longtemps. Pour les mâles sceptiques, il n'y a qu'à voir les résultats impressionnants de certaines dames. Que ce soit la championne de Hockey sur gazon et joueuse de poker pro Fatima de Melo, ou encore Vanessa Selbst qui est devenue la joueuse ayant cumulé le plus de gains dans l'histoire du poker, elles sont de plus en plus nombreuses en tournois.

Bien sûr il y a encore du boulot pour que le ratio homme / femme soit équitable, tant en ligne que dans les tournois physiques mais ce faible pourcentage féminin apporte une autre approche de la pratique, une façon différente de penser la stratégie, de jouer de ses atouts et même de pratiquer sa poker face. Les femmes ont leurs propres atouts à développer et à faire valoir."



A.S,

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© L'Amateur Sportif - 2018

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